Recherche expérimentale

Carrés semi-magiques avec centre zéro : une construction pythagoricienne

Exploration d'une famille de carrés semi-magiques 3×3 avec centre zéro, construits à partir de relations pythagoriciennes entre carrés parfaits.

Carré semi-magique 3x3 avec centre zéro, construit à partir de carrés parfaits et de relations pythagoriciennes.
Image d'en-tête pour l'article sur les carrés semi-magiques avec centre zéro. Une grille 3x3 lumineuse présente un centre nul entouré de huit cases carrées. Des arcs et lignes géométriques évoquent des relations pythagoriciennes entre les racines des carrés.

Une variante plus accessible du problème

Dans les articles précédents, nous avons abordé le problème difficile du carré magique 3×3 composé uniquement de carrés parfaits.

Un carré magique complet impose huit contraintes de somme :

3 lignes
3 colonnes
2 diagonales

Dans cet article, nous relâchons volontairement une partie de ces contraintes.

Nous ne demandons plus aux diagonales d’avoir la même somme. Nous demandons seulement que les lignes et les colonnes soient équilibrées.

On parle alors de carré semi-magique.

Magique ou semi-magique ?

Un carré magique 3×3 vérifie :

les 3 lignes ont la même somme
les 3 colonnes ont la même somme
les 2 diagonales ont la même somme

Un carré semi-magique vérifie seulement :

les 3 lignes ont la même somme
les 3 colonnes ont la même somme

Les diagonales peuvent être différentes.

Cette différence paraît petite, mais elle change beaucoup de choses. Elle rend certaines constructions beaucoup plus simples, tout en conservant une structure additive intéressante.

Le choix du centre zéro

Dans cette famille, on fixe le centre du carré à :

e = 0

Le carré prend alors une forme particulière. On choisit quatre entiers positifs :

A, C, H, J

On place leurs carrés aux quatre coins :

A²     C²
H²     J²

Puis on complète les quatre cases latérales avec des sommes de deux carrés.

La grille devient :

A²        H² + J²      C²
C² + J²   0            A² + H²
H²        A² + C²      J²

Cette forme est automatiquement semi-magique.

Pourquoi les lignes et colonnes sont équilibrées

La somme commune vaut :

S = A² + C² + H² + J²

Vérifions les lignes.

Première ligne :

A² + (H² + J²) + C² = A² + C² + H² + J²

Deuxième ligne :

(C² + J²) + 0 + (A² + H²) = A² + C² + H² + J²

Troisième ligne :

H² + (A² + C²) + J² = A² + C² + H² + J²

Les trois lignes ont donc la même somme.

Les colonnes se vérifient de la même manière.

Première colonne :

A² + (C² + J²) + H² = A² + C² + H² + J²

Deuxième colonne :

(H² + J²) + 0 + (A² + C²) = A² + C² + H² + J²

Troisième colonne :

C² + (A² + H²) + J² = A² + C² + H² + J²

Les lignes et colonnes sont donc automatiquement équilibrées.

Où interviennent les relations pythagoriciennes ?

Les quatre coins sont déjà des carrés parfaits :

A², C², H², J²

Pour que les quatre cases latérales soient elles aussi des carrés parfaits, il faut que les quatre sommes suivantes soient carrées :

H² + J²
C² + J²
A² + H²
A² + C²

Autrement dit, certaines paires de racines doivent former des triangles rectangles.

Par exemple, si :

A² + C² = K²

alors la case correspondante devient un carré parfait.

La construction repose donc sur un petit réseau de relations pythagoriciennes.

Un exemple avec huit carrés positifs

Voici un exemple construit avec :

A = 15
C = 20
H = 36
J = 48

Carré semi-magique

Carré semi-magique 3×3 avec centre zéro et 8 carrés positifs

8 carrés positifs Somme : 65² Mystimath , 2026
15² 225
60² 3600
20² 400
52² 2704
0 0
39² 1521
36² 1296
25² 625
48² 2304

Lignes : 4225 · 4225 · 4225

Colonnes : 4225 · 4225 · 4225

Diagonales : 2529 · 1696

  • Ce carré est semi-magique : les lignes et les colonnes ont la même somme.
  • Les diagonales ne sont pas contraintes et ne valent pas la somme commune.
  • Le centre est nul. Même si 0 peut être vu comme 0², seuls les 8 carrés positifs sont comptés ici.
  • Cette structure ne résout pas le problème classique des carrés magiques 3×3 de carrés.

En valeurs, la grille est :

225  | 3600 | 400
2704 | 0    | 1521
1296 | 625  | 2304

Toutes les lignes et toutes les colonnes ont pour somme :

4225 = 65²

Les huit cases positives sont des carrés parfaits :

15², 60², 20²
52²,      39²
36², 25², 48²

Le centre vaut zéro.

On pourrait dire que 0 = 0², mais dans cette série d’articles nous préférons compter uniquement les huit carrés positifs autour du centre. Cela évite de confondre cette construction semi-magique avec une solution au problème classique.

Vérification des lignes

Les lignes donnent :

225 + 3600 + 400 = 4225
2704 + 0 + 1521 = 4225
1296 + 625 + 2304 = 4225

Les trois lignes sont bien équilibrées.

Vérification des colonnes

Les colonnes donnent :

225 + 2704 + 1296 = 4225
3600 + 0 + 625 = 4225
400 + 1521 + 2304 = 4225

Les trois colonnes sont également équilibrées.

Et les diagonales ?

Les diagonales ne valent pas la somme commune.

La première diagonale vaut :

225 + 0 + 2304 = 2529

La seconde diagonale vaut :

400 + 0 + 1296 = 1696

Elles sont donc différentes de :

4225

C’est précisément pour cela que cette grille est semi-magique, et non magique.

Pourquoi cette famille est intéressante

Cette construction ne résout pas le problème des carrés magiques de carrés.

Mais elle présente plusieurs intérêts.

Elle montre d’abord que des structures très riches apparaissent dès que l’on combine :

carrés parfaits
sommes de deux carrés
relations pythagoriciennes
contraintes semi-magiques

Elle fournit aussi une passerelle pédagogique vers le problème plus difficile du carré magique complet.

On peut voir cette famille comme une zone intermédiaire :

carrés parfaits isolés
→ relations pythagoriciennes
→ carrés semi-magiques
→ carrés magiques de carrés

Une forme constructive

La forme utilisée dans cet article est particulièrement pratique, car elle est entièrement constructive.

Dès que l’on trouve quatre racines A, C, H, J satisfaisant les bonnes relations pythagoriciennes, on obtient automatiquement un carré semi-magique.

Le script expérimental associé cherche donc des quadruplets pour lesquels les quatre cases latérales deviennent aussi des carrés parfaits.

Le principe est le suivant :

1. choisir des racines candidates ;
2. construire un graphe de relations pythagoriciennes ;
3. chercher quatre racines compatibles ;
4. construire la grille semi-magique ;
5. vérifier les sommes des lignes et colonnes.

Différence avec le problème de Bremner

Le carré de Bremner est un véritable carré magique 3×3. Ses lignes, colonnes et diagonales ont toutes la même somme.

La grille avec centre zéro présentée ici n’a pas cette propriété.

Elle est donc beaucoup plus facile à construire.

Mais elle permet de mieux comprendre pourquoi le problème complet est difficile : dès que les diagonales sont réintroduites, les contraintes deviennent beaucoup plus rigides.

Articles liés et code expérimental

Cette construction semi-magique appartient à une exploration plus large autour des carrés de carrés.

Pour replacer cette famille dans son contexte :

Le script de recherche des carrés semi-magiques avec centre zéro fait partie du dépôt expérimental :

Accéder au dépôt GitHub magic-square-of-squares-3x3

Peut-on chercher mieux ?

Dans cette famille avec centre zéro, obtenir huit carrés positifs autour du centre est relativement accessible.

La question intéressante n’est donc pas seulement de trouver un exemple, mais de classer les familles possibles :

exemples primitifs
dilatations par facteur carré commun
sommes semi-magiques carrées ou non carrées
racines maximales faibles
relations pythagoriciennes minimales

On peut aussi chercher des exemples avec des propriétés supplémentaires, par exemple :

somme commune elle-même carrée
racines toutes distinctes
absence de facteur carré commun
petites racines
formes non équivalentes par symétrie

L’exemple affiché ici a une somme commune carrée :

4225 = 65²

Ce qui le rend particulièrement lisible.

Ce que cette page ne prétend pas

Cette page ne présente pas une solution au problème classique des carrés magiques 3×3 de carrés.

Elle présente une famille semi-magique, donc une structure volontairement plus souple.

La distinction est importante :

semi-magique avec centre zéro

carré magique complet de carrés parfaits

Le problème complet reste ouvert.

Conclusion

Les carrés semi-magiques avec centre zéro forment une famille simple, constructive et pédagogique.

Ils montrent comment des relations pythagoriciennes peuvent produire naturellement des grilles équilibrées en lignes et colonnes.

Ils ne remplacent pas le problème des carrés magiques de carrés, mais ils permettent de l’approcher par une voie plus accessible.

Après avoir exploré plusieurs branches négatives autour du problème de Bremner, cette famille offre un contraste utile : ici, la construction fonctionne, mais parce que les diagonales ont été volontairement relâchées.